Actions sur le document

Sommaire du Blog de Politique Internationale

Aller au niveau supérieur
Chers étudiants, chers sympathisants FUCID, ceci est notre espace de débat dédié à la politique internationale. Exprimez-vous.
GAZA: faire pression sur Israël ! Par Blog Politique internationale - — Dernière modification 08/01/2009 19:37
Article rédigé le 27/12/2008 par Benjamin Moriamé
Mode d'emploi du Blog de politique internationale Par Blog Politique internationale - — Dernière modification 08/01/2009 20:16
Article rédigé le 05/01/09 par Marcel Rémon

DARFOUR. Appels en absence à l'aide internationale

Posté par Rita Rixen le 29/01/2009 17:45

Les appels de la FUCID à la pression politique et à la solidarité se doivent d'être renouvelés !


Il y a plus d'un an, une force militaire internationale intervenait enfin au Darfour… Beaucoup trop tard ! Comme nous la FUCID le craignait, il s'avère aujourd'hui que « les efforts ont été beaucoup trop lents pour améliorer réellement la situation de la population et inadéquats pour résoudre la crise », de l'aveu même du chef des missions de maintien de la paix à l'ONU Alain Le Roy, suite à un rapport alarmant publié fin décembre. Et cela, en raison surtout du manque d'investissement - ou de volonté - des États membres, malgré les promesses.

Pour vous permettre de comprendre les enjeux et éventuellement de réagir, je vous envoie, au cas où vous n'auriez pas encore pu le lire, cet article (ci-dessous ou ci-joint), rédigé il y a un an et demi, qui n'a malheureusement pas pris une ride.


Je joins le Bulletin de la FUCID dans lequel est paru cet article, pour ceux qui voudraient le lire avec carte et photos ou, surtout, avec une interview du directeur de Genocide wacth, qui prolonge la réflexion autour de la question : « Comment prévenir les génocides ? » Ce Bulletin reste également d'une actualité brûlante pour son sujet sur le Mur en Palestine.

Benjamin Moriamé
Chargé d'éducation au développement, FUCID


Enfin une solution pour le Darfour ?



« J'ai été battue. Je suis restée allongée sur le sol comme si j'étais morte. Même quand ils étaient tous partis, je n'osais toujours pas bouger », raconte Zeinab (1). « Quand la nuit est tombée, je me suis levée. Et j'ai vu qu'ils avaient tué mon mari et mon plus jeune fils (silence). Ils ont tué beaucoup d'entre nous. Ils ont emmené les jeunes filles et les ont violées. Ils ont brûlé les maisons et les mosquées, après avoir volé nos récoltes. Nous étions 13.000 habitants à Korma. Beaucoup d'entre nous ont été tués. Je ne sais pas combien. J'ai fui avec mes deux autres enfants. »



Malheureusement, le récit de Zeinab à Anne-Marie Impe, rédactrice en chef d'Enjeux internationaux, ne fait pas exception. Les habitants de dizaines de villages du Darfour (ouest du Soudan), qui ont également subi l'assaut des milices "Janjawids", relatent les mêmes faits. Les médias spécialisés sont quasi unanimes pour définir les pratiques de guerre : meurtres d'enfants, viol des femmes, destruction du bétail, empoisonnement des puits… Les meurtriers arrivent à dos de cheval ou de chameau, ou encore à bord de 4X4. Plus rarement, l'usage d'avions et d'hélicoptère sont évoqués. Que les Janjawids sont armés et soutenus par le gouvernement ne fait plus mystère pour personne. La Cour pénale internationale a d'ailleurs délivré deux mandats d'arrêt: l'un contre le leader des Janjawids, l'autre contre un ministre. Près de 300.000 morts. Plus de 2 millions de déplacés. 1,6 million d'autres ont besoin d'une aide alimentaire et sanitaire, car leurs villages ont été attaqués et leurs cultures détruites. Mais une personne dans le besoin sur quatre, soit 900.000 personnes, sont hors d'atteinte pour les secours. La terreur perdure, dans les camps de réfugiés et les campagnes, depuis 2003. L'eau est de plus en plus rare. Les luttes de pouvoir et les conflits ethniques, de plus en plus durs. Mais, ça y est, la Communauté internationale promet d'envoyer des soldats sur les lieux du nettoyage ethnique, qui sera peut-être reconnu plus tard comme génocide. Pendant quatre ans, ce mot terrible, "génocide", était soigneusement évité par les grandes puissances. Probablement parce qu'il implique obligatoirement l'action, en vertu du droit international (lire p. 4). Mais, au-delà des jeux de mots cyniques, le "devoir de protection" reste bien inscrit, lui aussi, dans la doctrine des Nations unies. Et ce beau principe a pris un retard vertigineux. Alors, ces 20.000 militaires internationaux, promis fin juin 2007, c'est pour quand ? Et est-ce suffisant ?



Pour l'instant, seule l'Union africaine a envoyé des soldats au Darfour. C'était en 2005, avec déjà beaucoup de retard. Rien qu'en 2003, la répression orchestrée et commanditée par le gouvernement, mais opérée essentiellement par les milices Janjawids, avait fait 200.000 morts. Autre inconvénient de l'AMIS (force de maintien de la paix de l'Union africaine au Soudan) : elle est seulement composée de 8.000 hommes. C'est évidemment beaucoup trop peu pour prétendre sécuriser un territoire comme le Darfour, grand comme la France et peuplé de 6 millions d'habitants. En fait, les soldats de l'AMIS, fréquemment tués et rançonnés, sont bien en peine de se protéger eux-mêmes. Et, pour comble, ils ne sont pas toujours payés. Au Darfour, l'AMIS a été rebaptisée "African mistake in Soudan". L'engagement de la communauté internationale était nécessaire, depuis le début. Peu de spécialistes l'ignoraient. Mais peu d'Etats l'admettaient, encore moins les grandes puissances.



Les grandes puissances sont toutes responsables



La Chine, qui vend des armes à Khartoum et exploite son pétrole plus que n'importe quel autre Etat, a souvent été montrée du doigt comme la "protectrice" du gouvernement autoritaire et anti-démocratique soudanais. Mais cette vision simplifiée est surtout le fruit d'une stratégie communicationnelle occidentale pour brouiller le partage des responsabilités. Au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a, le plus souvent, choisi de s'abstenir et non d'opposer un veto, preuve que son soutien n'est pas indéfectible et qu'une voie existe pour l'action. La perspective des Jeux olympiques de 2008 semble, de plus, pousser la Chine à polir son image si souvent ternie. En réalité, tous les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, entre autres, ont leurs parts d'implication dans le scénario sanglant qui se joue actuellement. La Russie, par exemple, est un autre important fournisseur d'armes du Soudan. Quant à la France, elle a souvent défendu la cause du gouvernement, tant auprès des Nations unies que de l'Union européenne ou du FMI. Elle a aussi appuyé des chefs de guerre et rebelles tchadiens. Le Royaume-Uni, lui, semble en retrait et ferme les yeux. Restent les Etats-Unis, « les premiers responsables, indirectement, du massacre de grande ampleur qui s'est déroulé au Darfour et qu'ils qualifient maintenant de "génocide" », selon Marc Lavergne, directeur de recherches au CNRS. (2)



Aux sources du conflit ethnique, la désertification et l'inégalité



Un petit flash-back s'impose. Tandis que la Communauté internationale se montrait préoccupée par la situation du Sud-Soudan (pacifié en 2005), elle faisait mine d'ignorer le conflit du Darfour. Les Etats-Unis, en particulier, possédaient toutes les informations nécessaires pour s'indigner et agir. Mais cela ne doit pas faire oublier les causes du drame, comme la désertification massive de la zone (depuis les années 80), qui a décuplé les querelles pour la terre et, surtout, pour l'eau. A cela, il faut ajouter les rébellions, qui contestent le pouvoir du gouvernement et, notamment, la répartition des richesses et des investissements de l'État. La Région du Darfour est délaissée par le pouvoir, tandis que Khartoum est comparée à "Dubaï" ou "l'Eldorado", grâce au nouveau souffle que lui donne le pétrole (3).



C'est sur cette base que naissent et gonflent les conflits ethniques, entre nomades et sédentaires, entre arabes et non-arabes, entre les Fours et d'autres peuples... L'accord de paix de 2006, parce qu'il a été forcé (par les Etats-Unis surtout) et parce qu'il n'a pas réuni tous les acteurs majeurs, n'a jamais été respecté mais a, au contraire, aggravé les divisions. Aujourd'hui, est-ce l'internationalisation du conflit (au Tchad et en République centre-africaine) ou le cri des ONG qui pousse à agir ? Peu importe.



Mais quelle est cette action qui s'annonce ? Elle a pris provisoirement le nom de "Force hybride", car elle rassemblera les militaires de l'Union africaine et les casques bleus de l'ONU. Elle serait, dans un premier temps, composée de 20.000 hommes. Cette décision a été prise à Paris, le 25 juin dernier. Il faut reconnaître au néo-ministre français Bernard Kouchner, bien que ses options soient critiquées par les experts, le mérite d'avoir réuni autour de la question les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité. Même la Chine s'est jointe à l'initiative. Le gouvernement du Soudan a accepté la présence des casques bleus. Sérieux bémol cependant : l'Union africaine n'était pas représentée ! Le danger n'est donc pas mince que les casques bleus soient perçus comme des néo-colonialistes par une partie de la population locale. Enfin, des questions restent en suspens. Qui va payer ? Y aura-t-il assez d'eau sur place avec ces 20.000 hommes supplémentaires ? Qui enverra des hommes ? Combien ? Et quand ? Il faut souhaiter que cela ne prenne pas trop de temps, comme c'est l'usage, car la perspective de négociations imminentes pousse souvent les chefs de guerre à accumuler rapidement des gains stratégiques. Aux dépens de la population.



Benjamin Moriamé

Journaliste indépendant

Chargé d'éducation au développement, FUCID



(1) "Jusqu'à quand accepterons-nous l'inacceptable ?", in Enjeux internationaux n°16, été 2007, pp 4-11.

(2) "Le puzzle du Darfour : à qui profite le crime ?", in Diplomatie n°27, juillet-août 2007, pp 73-78.

(3) "Khartoum, nouvel eldorado", in Courrier international n° 87, du 5 au 11 juillet 2007, pp 41-43.



Autres sources : Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (www.grip.org), International crisis group (www.icg.org), Human rights watch (www.hrw.org), etc. Dossier complet disponible à la Fucid.

Outils personnels