DARFOUR. Appels en absence à l'aide internationale
Les appels de la FUCID à la pression politique et à la solidarité se doivent d'être renouvelés
DARFOUR. Appels en absence à l'aide internationale
Les appels de la FUCID à la pression politique et à la solidarité se
doivent d'être renouvelés !
Il y a plus d'un an, une force militaire internationale intervenait
enfin au Darfour… Beaucoup trop tard ! Comme nous la FUCID le
craignait, il s'avère aujourd'hui que « les efforts ont été beaucoup
trop lents pour améliorer réellement la situation de la population et
inadéquats pour résoudre la crise », de l'aveu même du chef des
missions de maintien de la paix à l'ONU Alain Le Roy, suite à un
rapport alarmant publié fin décembre. Et cela, en raison surtout du
manque d'investissement - ou de volonté - des États membres, malgré les
promesses.
Pour vous permettre de comprendre les enjeux et éventuellement de
réagir, je vous envoie, au cas où vous n'auriez pas encore pu le lire,
cet article (ci-dessous ou ci-joint), rédigé il y a un an et demi, qui
n'a malheureusement pas pris une ride.
Je joins le Bulletin de la FUCID dans lequel est paru cet article, pour
ceux qui voudraient le lire avec carte et photos ou, surtout, avec une
interview du directeur de Genocide wacth, qui prolonge la réflexion
autour de la question : « Comment prévenir les génocides ? » Ce
Bulletin reste également d'une actualité brûlante pour son sujet sur le
Mur en Palestine.
Benjamin Moriamé
Chargé d'éducation au développement, FUCID
Enfin une solution pour le Darfour ?
« J'ai été battue. Je suis restée allongée sur le sol comme si j'étais
morte. Même quand ils étaient tous partis, je n'osais toujours pas
bouger », raconte Zeinab (1). « Quand la nuit est tombée, je me suis
levée. Et j'ai vu qu'ils avaient tué mon mari et mon plus jeune fils
(silence). Ils ont tué beaucoup d'entre nous. Ils ont emmené les jeunes
filles et les ont violées. Ils ont brûlé les maisons et les mosquées,
après avoir volé nos récoltes. Nous étions 13.000 habitants à Korma.
Beaucoup d'entre nous ont été tués. Je ne sais pas combien. J'ai fui
avec mes deux autres enfants. »
Malheureusement, le récit de Zeinab à Anne-Marie Impe, rédactrice en
chef d'Enjeux internationaux, ne fait pas exception. Les habitants de
dizaines de villages du Darfour (ouest du Soudan), qui ont également
subi l'assaut des milices "Janjawids", relatent les mêmes faits. Les
médias spécialisés sont quasi unanimes pour définir les pratiques de
guerre : meurtres d'enfants, viol des femmes, destruction du bétail,
empoisonnement des puits… Les meurtriers arrivent à dos de cheval ou de
chameau, ou encore à bord de 4X4. Plus rarement, l'usage d'avions et
d'hélicoptère sont évoqués. Que les Janjawids sont armés et soutenus
par le gouvernement ne fait plus mystère pour personne. La Cour pénale
internationale a d'ailleurs délivré deux mandats d'arrêt: l'un contre
le leader des Janjawids, l'autre contre un ministre. Près de 300.000
morts. Plus de 2 millions de déplacés. 1,6 million d'autres ont besoin
d'une aide alimentaire et sanitaire, car leurs villages ont été
attaqués et leurs cultures détruites. Mais une personne dans le besoin
sur quatre, soit 900.000 personnes, sont hors d'atteinte pour les
secours. La terreur perdure, dans les camps de réfugiés et les
campagnes, depuis 2003. L'eau est de plus en plus rare. Les luttes de
pouvoir et les conflits ethniques, de plus en plus durs. Mais, ça y
est, la Communauté internationale promet d'envoyer des soldats sur les
lieux du nettoyage ethnique, qui sera peut-être reconnu plus tard comme
génocide. Pendant quatre ans, ce mot terrible, "génocide", était
soigneusement évité par les grandes puissances. Probablement parce
qu'il implique obligatoirement l'action, en vertu du droit
international (lire p. 4). Mais, au-delà des jeux de mots cyniques, le
"devoir de protection" reste bien inscrit, lui aussi, dans la doctrine
des Nations unies. Et ce beau principe a pris un retard vertigineux.
Alors, ces 20.000 militaires internationaux, promis fin juin 2007,
c'est pour quand ? Et est-ce suffisant ?
Pour l'instant, seule l'Union africaine a envoyé des soldats au
Darfour. C'était en 2005, avec déjà beaucoup de retard. Rien qu'en
2003, la répression orchestrée et commanditée par le gouvernement, mais
opérée essentiellement par les milices Janjawids, avait fait 200.000
morts. Autre inconvénient de l'AMIS (force de maintien de la paix de
l'Union africaine au Soudan) : elle est seulement composée de 8.000
hommes. C'est évidemment beaucoup trop peu pour prétendre sécuriser un
territoire comme le Darfour, grand comme la France et peuplé de 6
millions d'habitants. En fait, les soldats de l'AMIS, fréquemment tués
et rançonnés, sont bien en peine de se protéger eux-mêmes. Et, pour
comble, ils ne sont pas toujours payés. Au Darfour, l'AMIS a été
rebaptisée "African mistake in Soudan". L'engagement de la communauté
internationale était nécessaire, depuis le début. Peu de spécialistes
l'ignoraient. Mais peu d'Etats l'admettaient, encore moins les grandes
puissances.
Les grandes puissances sont toutes responsables
La Chine, qui vend des armes à Khartoum et exploite son pétrole plus
que n'importe quel autre Etat, a souvent été montrée du doigt comme la
"protectrice" du gouvernement autoritaire et anti-démocratique
soudanais. Mais cette vision simplifiée est surtout le fruit d'une
stratégie communicationnelle occidentale pour brouiller le partage des
responsabilités. Au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a,
le plus souvent, choisi de s'abstenir et non d'opposer un veto, preuve
que son soutien n'est pas indéfectible et qu'une voie existe pour
l'action. La perspective des Jeux olympiques de 2008 semble, de plus,
pousser la Chine à polir son image si souvent ternie. En réalité, tous
les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, entre
autres, ont leurs parts d'implication dans le scénario sanglant qui se
joue actuellement. La Russie, par exemple, est un autre important
fournisseur d'armes du Soudan. Quant à la France, elle a souvent
défendu la cause du gouvernement, tant auprès des Nations unies que de
l'Union européenne ou du FMI. Elle a aussi appuyé des chefs de guerre
et rebelles tchadiens. Le Royaume-Uni, lui, semble en retrait et ferme
les yeux. Restent les Etats-Unis, « les premiers responsables,
indirectement, du massacre de grande ampleur qui s'est déroulé au
Darfour et qu'ils qualifient maintenant de "génocide" », selon Marc
Lavergne, directeur de recherches au CNRS. (2)
Aux sources du conflit ethnique, la désertification et
l'inégalité
Un petit flash-back s'impose. Tandis que la Communauté internationale
se montrait préoccupée par la situation du Sud-Soudan (pacifié en
2005), elle faisait mine d'ignorer le conflit du Darfour. Les
Etats-Unis, en particulier, possédaient toutes les informations
nécessaires pour s'indigner et agir. Mais cela ne doit pas faire
oublier les causes du drame, comme la désertification massive de la
zone (depuis les années 80), qui a décuplé les querelles pour la terre
et, surtout, pour l'eau. A cela, il faut ajouter les rébellions, qui
contestent le pouvoir du gouvernement et, notamment, la répartition des
richesses et des investissements de l'État. La Région du Darfour est
délaissée par le pouvoir, tandis que Khartoum est comparée à "Dubaï" ou
"l'Eldorado", grâce au nouveau souffle que lui donne le pétrole
(3).
C'est sur cette base que naissent et gonflent les conflits ethniques,
entre nomades et sédentaires, entre arabes et non-arabes, entre les
Fours et d'autres peuples... L'accord de paix de 2006, parce qu'il a
été forcé (par les Etats-Unis surtout) et parce qu'il n'a pas réuni
tous les acteurs majeurs, n'a jamais été respecté mais a, au contraire,
aggravé les divisions. Aujourd'hui, est-ce l'internationalisation du
conflit (au Tchad et en République centre-africaine) ou le cri des ONG
qui pousse à agir ? Peu importe.
Mais quelle est cette action qui s'annonce ? Elle a pris provisoirement
le nom de "Force hybride", car elle rassemblera les militaires de
l'Union africaine et les casques bleus de l'ONU. Elle serait, dans un
premier temps, composée de 20.000 hommes. Cette décision a été prise à
Paris, le 25 juin dernier. Il faut reconnaître au néo-ministre français
Bernard Kouchner, bien que ses options soient critiquées par les
experts, le mérite d'avoir réuni autour de la question les cinq pays
membres permanents du Conseil de sécurité. Même la Chine s'est jointe à
l'initiative. Le gouvernement du Soudan a accepté la présence des
casques bleus. Sérieux bémol cependant : l'Union africaine n'était pas
représentée ! Le danger n'est donc pas mince que les casques bleus
soient perçus comme des néo-colonialistes par une partie de la
population locale. Enfin, des questions restent en suspens. Qui va
payer ? Y aura-t-il assez d'eau sur place avec ces 20.000 hommes
supplémentaires ? Qui enverra des hommes ? Combien ? Et quand ? Il faut
souhaiter que cela ne prenne pas trop de temps, comme c'est l'usage,
car la perspective de négociations imminentes pousse souvent les chefs
de guerre à accumuler rapidement des gains stratégiques. Aux dépens de
la population.
Benjamin Moriamé
Journaliste indépendant
Chargé d'éducation au développement, FUCID
(1) "Jusqu'à quand accepterons-nous l'inacceptable ?", in Enjeux
internationaux n°16, été 2007, pp 4-11.
(2) "Le puzzle du Darfour : à qui profite le crime ?", in Diplomatie
n°27, juillet-août 2007, pp 73-78.
(3) "Khartoum, nouvel eldorado", in Courrier international n° 87, du 5
au 11 juillet 2007, pp 41-43.
Autres sources : Groupe de recherche et d'information sur la paix et la
sécurité (www.grip.org), International crisis group (www.icg.org),
Human rights watch (www.hrw.org), etc. Dossier complet disponible à la
Fucid.

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