Après les attentats de Bombay.
Les 26 novembre dernier, une vague d'attaques meurtrières visant les hôtels de luxe Taj Mahal et Oberoi-Trident ainsi que la gare centrale Chhatrapati Shivajile plongeait l'Inde dans la stupeur. Ces attentats firent plus de 170 morts et au moins 300 blessées. Attribués à un groupe islamiste pakistanais le Lashkar-e-Toiba, ces attaquent s'inscrivent dans un contexte politique indien tendu dû à la montée en puissance du parti nationaliste Hindou, BJP.
Le Monde
diplomatique (www.monde-diplomatique.fr) de janvier revient sous la
plume de Wendy Kristianasen sur ces attentats et sur leur
répercussion après de la population musulmane de l'Inde, accusée
par les nationalistes hindous d'être la cinquième colonne de l'État
pakistanais. Pourtant plusieurs organisations musulmanes ont rapidement
condamné les attentats de Bombay. Ainsi comme le remarque W.
Kristianasen " le centre d'étude islamique Darul Uloom de Deoband
(Uttar Prasdesh) a-t-il émis, dès février 2008, une fatwa (avis
religieux), contre le terrorisme et organisé le 31 mai, à New Delhi,
une conférence réunissant les principales organisations musulmanes en
faveur de la fatwa du grand mufti Habibur Rehman, directeur du Darul
Uloom, et de ses trois adjoints."
Un train de la paix a également embarqué plus de 6000 muftis pour Hyderabad ou était organisé une conférence contre le terrorisme.
"Le vrai danger, continue la journaliste, vient de la misère et du sentiment d'injustice largement ressenti dans la communauté. En effet la plupart des 154 millions de musulmans(13,4% de la population totale, et donc la principale minorité indienne) sont restés à l'écart du "miracle indien" si souvent vanté. Selon le rapport du comité présidé par le ministre de la justice Rajendra Sachar, les populations musulmanes restent à la traîne pour la plupart des indicateurs de développement humain." (...) " Selon ces données officielles, les musulmans se situeraient au niveau, et parfois même en dessous, des basses castes hindoues et des Dalit."
Dans un autre article du Monde diplomatique, Gnani Sankaran revient sur la façon dont les télévisions avaient rendu compte des évènements de Bombay et singulièrement les chaînes de langue anglaise.
"J'ai l’esprit et le cœur agressés et je suis terrorisé par les caméras, les formules des politiciens censées faire mouche, et les papotages non stop. Ces chaînes ont essayé de me faire adhérer à un énorme mensonge, celui de l’hôtel Taj Mahal, icône de l’Inde.
Elles ont ignoré — et c’est véritablement honteux — l’autre cible touchée : la gare Chhatrapathi Shivaji Terminus (CST). On l’appelle également « VT » (Victoria Terminus). C’est elle, la véritable icône de Bombay. C’est dans cette gare que des milliers d’Indiens — de l’Uttar Pradesh, du Bihar, du Rajasthan, du Bengale occidental et du Tamil Nadu — ont afflué au fil des ans ; ils sont devenus des « Mumbaikars » [habitants de Mumbai, le nom officiel de Bombay] et ont bâti la ville d’aujourd’hui avec les Marathes et les Koli".
(...)
"Elles n’ont pas jugé nécessaire de rappeler que les aam aadmi, hommes ordinaires en hindi, qui survivent à Bombay ne sont guère affectés par la fermeture prolongée des hôtels cinq étoiles que sont le Taj Mahal et l’Oberoi-Trident. Ils ont certainement plus souffert de l’arrêt des bus et des trains de banlieue, même pour une heure. Au mieux, ce type d’information a mérité un bandeau défilant en bas des écrans de télévision, alors que les caméras se consacraient au thriller en temps réel au Taj Mahal ou à l’immeuble Nariman Bhavan."
Ce type de commentaire m'a été répétés plusieurs fois pour les étudiants indiens lors de notre séjour au St. Joseph's College.
Pour en savoir plus sur la situation socio-économique de la minorité musulmane en Inde, voir le site Muslims for Secular Democracy, www.mfsd.org.

Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix, Namur, Belgique
Direction Générale de la Coopération au Développement