Après des études de droit, Monique Ildoubo s’est fait connaitre par ses chroniques « Féminin pluriel » dans l’hebdomadaire l’Observateur Paalga, au Burkina Faso. Sensibilisant les lecteurs et lectrices aux droits des femmes et dénonçant la situation du pays dans cette matière. Ministre de la promotion des droits humains et ensuite ambassadrice du Burkina Faso dans les pays Balte, Monique est aujourd’hui de retour au Burkina pour enseigner le droit à l’université de Ouagadougou. Elle a écrit de nombreux ouvrages pour dénoncer la situation des femmes au Burkina Faso. Elle nous a livré son regard sur son engagement et celui des jeunes de son pays.

Que signifie pour vous « être engagé.e » ?

Pour moi être engagé.e c’est être incapable de rester impassible face à certaines choses, se voir obligé.e de réagir, d’intervenir, de prendre la parole, d’essayer de faire bouger les choses. Pour moi c’est cela l’engagement.

Est-ce que vous vous considérez comme quelqu’un d’engagé ?

Bon… On me le dit. Mais en tout cas selon ma définition, je pense que oui, je n’ai pas pu rester impassible.

Dans cette société qui est la mienne, j’ai même plus de chance que la majorité des citoyens de mon pays, dans la mesure où j’ai pu faire des études, sortir, ouvrir mon esprit, le confronter à d’autres cultures, d’autres situations et puis surtout du point de vue professionnel, j’ai une profession qui peut me permettre de vivre assez à l’aise par rapport à la majorité des citoyens de mon pays.

J’ai même eu la chance de participer à la gestion de mon pays à des niveaux assez élevés. Donc j’aurais pu m’en tenir à cela et vivre ma vie tranquillement, peut-être que cela aurait été plus facile, ma vie aurait été moins compliquée… mais je n’ai pas pu. Même si peut-être qu’on ne doit pas se qualifier soi-même « d’engagé.e » je pense que quelque part ce que j’ai fait a compliqué ma vie. Et que ca ne peut s’expliquer que parce que je voulais m’engager pour essayer de changer la société.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager ?

C’est peut-être des révoltes successives, depuis l’enfance, en tant que petite fille par exemple. Dans ma famille, j’ai bien vu la différence de traitement qu’il y avait par rapport à mes frères, mes cousins. Et donc déjà je me rebellais, même petite fille. Je me rebellais parce que je ne comprenais pas. Pourquoi, eux, ils peuvent aller promener et moi je dois rester aider ma mère, m’occuper de mon petit frère ? Donc déjà ça me révoltait. Et puis plus tard, j’ai bien vu que c’est toute ma société qui est comme ça et mes lectures m’ont montré que ce n’est même pas seulement ma société mais beaucoup d’autres sociétés qui sont comme ça. Et donc voilà, de plus en plus je disais « ce n’est pas normal et ça doit changer ». Ça a donc été des phases successives de prise de conscience, de rébellion même. Prise de conscience c’est peut-être le mot juste pour dire que au fur et à mesure que j’apprenais les choses, je les vivais, je grandissais, je murissais, j’étudiais, et j’ai vu que c’était des choses que je ne pourrais pas supporter si moi-même je ne me mettais pas à les dénoncer et à peut-être essayer de les changer.

Est-ce que vous avez été inspirée par d’autres personnes ?

Oui bien sur. Vous savez, meme au sein de ma famille, ma propre mère m’a inspirée. Parce que même si elle a accepté sa situation de femme mariée au foyer, elle a essayé parfois de faire du commerce, mais mon père lui a dit « Non, tu toi t’occupes de la maison, des enfants ».

Elle a été une rebelle quelque part parce que l’on a essayé de la marier de force et qu’elle a refusé, elle a fui chez les religieuses et c’est comme ça cela qu’elle a rencontré mon père, qu’il y a eu un mariage d’amour et que nous sommes une famille né d’un couple qui s’aimait et donc pour cela je pense que c’est un exemple pour moi. Mais il y a beaucoup d’autres exemples autour de moi. Par mes lectures aussi, des femmes m’ont inspirée, notamment en France quand j’ai lu l’histoire de Olympe de Gouges par exemple, c’est une une femme qui m’a beaucoup inspirée.

Mais autour de moi il y a des femmes fortes qui m’ont inspirée au fur et à mesure que je suis sortie de chez moi, que j’ai lu, que j’ai rencontré d’autres femmes. Et puis les histoires aussi, que notamment ma mère me racontait montrent que de tout temps, alors qu’on croit que les femme ont toujours été soumises, elles ont toujours trouvé les moyens de résister à cette volonté de les soumettre.

Est-ce que vous avez été freinée dans votre volonté d’engagement ?

Oui. D’abord soi-même on hésite parfois. Vous savez, c’est vous mettre en avant, vous rendre visible et accepter de recevoir des coups sans même savoir d’où ils viennent. Surtout dans une société comme la mienne et pour cet engagement concernant le droit des femmes. Et puis autour de moi, ceux qui m’aiment ont voulu que je modère mon engagement, parce qu’on ne sait jamais.

Qu’est-ce que vous pensez de l’engagement chez les jeunes aujourd’hui au Burkina Faso ?

Je pense que les jeunes sont très engagés. De plus en plus, il y a une prise de conscience et de l’engagement, sur tous les fronts. J’apprécie vraiment qu’il y ait des jeunes, y compris des jeunes femmes, qui continuent, ou initient de nouvelles formes d’engagement, de combat. Et je dirais même que je les envie un petit peu. De mon temps il n’y avait pas ces réseaux sociaux, les téléphones portables. Aujourd’hui ils ont la possibilité de se connecter, de changer, d’organiser des rassemblements, des manières de résister collectivement que moi je n’avais pas il y a 25 ans.

Ce que je regrette parfois c’est qu’il y en a pas mal qui se font manipuler, qui pensent que ce sont eux qui font les choses alors qu’il y a des gens qui les utilisent.

Pour changer les choses, vaut-il mieux faire avec, faire contre ou faire sans comme stratégie d’action ?

Je pense que quand j’ai participé au gouvernement, j’étais dans le « avec », je pensais que de l’intérieur on pouvait changer les choses. Et je pense que j’ai réussi à faire admettre certaines choses qui ont aidé à la prise de conscience des citoyens. C’est parfois utile de le faire.

Je pense que ca dépend des phases, des luttes ou des objectifs. On peut utiliser dans une vie l’une ou l’autre de ces formes.

Faire sans… C’est difficile de faire sans. Parce que si vous voulez changer les choses, surtout si vous voulez utiliser comme dans mon cas l’écriture, les conférences, faire sans ca veut dire quoi ? Ca voudrait dire que l’on sort complètement de sa société, est-ce que c’est s’exiler ? Parce que si on est dans cette société, on ne peut pas complètement faire ca, on a besoin d’utiliser les voies de la société, du système, pour se faire entendre. Tant qu’on vit dans la société c’est difficile d’être complètement hors du système je trouve.