David van Reybrouck est anthropologue, historien de l’art, archéologue, préhistorien et historien. Toutes ces formations expliquent certainement pourquoi cet écrivain, auteur et artiste de scène aime nous conter l’histoire d’un pays ou d’une région au travers de la vie des personnes qui y vivent, en allant à leur rencontre. Il l’avait déjà fait brillamment notamment avec son livre « Congo » qui avait reçu le prix Médicis. Avec ce livre « Zinc », il nous conte l’histoire d’un petit territoire coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne : Moresnet.

Il nous conte cette histoire à travers le destin d’un homme, Emil Rixen qui, en vivant sur ce petit territoire, a changé 5 fois de nationalité, « sans jamais rien faire ». C’est l’histoire qui s’est imposé à lui… ou plutôt qu’il a dû subir.

Moresnet, à l’est de la Belgique, était une zone neutre entre 1816 et 1919. Après la bataille de Waterloo en 1815, le congrès de Vienne avait la tâche de redessiner les frontières, mais la Prusse et les Pays-Bas ne parvenaient pas à s’accorder sur ce petit bout de territoire et créèrent sous leur autorité commune un condominium connu sous le nom de Moresnet neutre. La raison : une mine de Zinc en pleine exploitation.

Ce petit bout de territoire sera finalement rattaché en 1919 à la Belgique, au même titre que les Cantons de l’Est, accaparés par la Belgique par le Traité de Versailles lors de la Première Guerre mondiale. Mais le 10 mai 1940, les habitants de ce territoire reçoivent du jour au lendemain la nationalité allemande.

Emil est donc né en 1903, d’une mère allemande qui ne voulait ou ne pouvait pas garder cet enfant illégitime et avait trouvé ce terrain « neutre » pour y abandonner son enfant en toute discrétion. Il a été adopté par une famille du village.

En 1923, il est appelé pour faire son service militaire dans l’armée belge. Et le 10 mai 1940, les habitants de ce coin du pays reçoivent du jour au lendemain la nationalité allemande…. Ce qui signifie l’enrôlement dans l’armée allemande. A la fin de la guerre, il est donc fait prisonnier… allemand, avant de rentrer chez lui… belge.

Tous ces changements ne sont pas sans conséquence sur sa vie, la vie de sa famille, la vie de toutes les familles de cette région. C’est ce que nous raconte brillamment David van Reybrouck au travers de ce roman.

En lisant ce livre, on ne peut s’empêcher de penser à toutes ces personnes qui sont nées dans une partie du monde qu’ils n’ont pas choisie, qui doivent se cacher pour fuir, pour échapper à la violence, aux politiques menées par leur gouvernement, contraires aux valeurs de liberté et de paix….

Ils sont nés au mauvais moment, au mauvais endroit, mais trouvent la force de se construire, de construire une famille, en suivant le cours d’une histoire qui s’impose à eux.

Ce livre a reçu le Prix du livre européen en 2017.