L'engagement, ça s'apprend?

Face à une radicalisation croissante du monde politique concernant les questions migratoires, un large mouvement de solidarité s’est levé et n’a cessé de se développer au sein de la population. Les citoyens se manifestent pour signaler qu’ils ne se reconnaissent pas dans les politiques prises et qu’ils souhaitent travailler à l’hospitalité plutôt qu’à l’exclusion.

Ce qu’il est intéressant de constater pour le moment, c’est la diffusion et le développement du mouvement à travers toute la société et à tous les niveaux de décisions.

Pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène, il est intéressant de voir comment il s’articule pour le moment. Partant de la base on peut mentionner l’activité citoyenne comme celle de La Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés du parc Maximilien. Ce groupe de citoyen solidaire a réussi via son projet d’aide concrète aux réfugiés à attirer des dizaines de milliers de sympathisants prêts à venir en aide et répondre aux besoins de la plateforme. Au-delà de l’aspect purement humanitaire, la plateforme a également réuni plus de dix mille personnes dans la rue autour de demandes politiques concrètes (contre les visites domiciliaires et pour une politique migratoire plus humaine). Nous mentionnons ici la plateforme, mais il existe des centaines d’autres collectifs de soutien qui travaillent concrètement avec les réfugiés. A Namur, le Collectif Citoyen est également très actif et possède un large réseau de soutien. Il a réussi à mobiliser en 24h des centaines de personnes sur la place de l’Ange à l’annonce de la fermeture du centre de Belgrade.

A ces actions d’aide concrètes vient se greffer une action plus structurelle, via les initiatives appelant à plus « d’hospitalité ». Par ce que les questions migratoires appellent aussi des changements structurels, les demandes de changements politiques sont essentielles. Mais étant donné que les chances de faire évoluer les politiques fédérales sont minces (principalement à cause de l’organisation du système politique belge) les acteurs de la société civile organisée ont décidé d’utiliser les autres carneaux démocratiques disponibles. C’est ainsi qu’à l’initiative d’une coalition menée par le CNCD-11.11.11 les niveaux communaux ont été interpellés via la campagne « Commune Hospitalière ». Cette campagne a pris une ampleur certaine car des actions ont été menées dans 98 communes et ont déjà abouti à 42 motions positives. Dans la même idée, les campagnes de Haute Ecole/Université/Ecole Supérieure des Art Hospitalière visent à mobiliser l’enseignement supérieur pour le rendre plus accessible aux personnes issues de la migration. A l’heure actuelle, plus de la moitié des établissements sont mobilisés. Sachant que l’enseignement est une étape clef sur un parcours d’intégration, les établissements d’enseignement supérieur ont un rôle très important à jouer. La FUCID est en train de finaliser la note qu’elle destine au Conseil d’Administration de l’université de Namur afin que cette dernière joigne ce large mouvement d’hospitalité.

A un niveau politique plus large, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) a signé en mars, une résolution visant à déclarer la FWB « entité hospitalière ». Ce texte offre un cadre politique propice aux initiatives visant à renforcer la solidarité et l’hospitalité en FWB.

Enfin, le 3 mai prochain s’ouvrira le volet « Europe Hospitalière ». L’objectif ici est d’enclencher le mécanisme d’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) en vue de forcer la discussion au sein de la commission européenne. Pour cela la Belgique, en collaboration avec d’autres pays européens, doit récolter assez de signatures en moins d’un an si elle veut permettre au débat d’atteindre la Commission Européenne. L’enjeu des politiques migratoires au niveau européen est énorme et nous invitons donc tous les sympathisants de l’hospitalité à signer cette pétition.

Ce rapide aperçu du paysage permet de constater que cette dynamique d’hospitalité à laquelle la FUCID essaye d’apporter sa contribution dépasse de loin le cadre de notre organisation. Le phénomène de « contagion solidaire » semble démontrer que la situation actuelle a largement dépassé le stade de « campagne de sensibilisation ». Ce que nous observons aujourd’hui, c’est l’émergence d’un véritable mouvement d’indignation générale appelant un autre mode de vivre ensemble.

 

Jean-Gabriel Vermeire