Apprendre par la grève

par Alix Delvigne
Chargée de projet en éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire à la FUCID

Quand les femmes[1] s’arrêtent, le monde s’arrête. C’est ce qu’ont voulu démontrer les femmes belges, en grève le lundi 9 mars dernier. Grève du travail rémunéré, du soin aux autres, de la consommation et enfin grève étudiante. Une grève hybride, transversale, à travers laquelle les femmes adressent les différents rôles qui leur sont assignés. C’est sous ces formes diverses et entremêlées que les Belges ont rejoint le mouvement mondial de la grève des femmes, en choisissant un processus participatif et horizontal, depuis maintenant deux ans.

Ce mouvement de la grève du 8 mars, porté par une base encore timide mais déjà large, a notamment trouvé un écho auprès des jeunes de 18-25 ans, public cible de la FUCID en tant qu’ONG universitaire. C’est donc curieux.ses de connaître les tenants et aboutissants de cette forme nouvelle de mobilisation que nous avons invité le collecti.e.f 8 maars lors d’un Midi de la FUCID[2] et prolongé la discussion lors d’un entretien avec Charlotte Casier, 26 ans, chercheuse à l’ULB et membre du collectif depuis ses débuts.

La FUCID a déjà abordé les questions d’action collective dans diverses analyses, à l’aide de divers concepts et grilles de lectures[3]. C’est maintenant en ancrant ces réflexions dans un type bien précis de mobilisation que nous souhaitons les poursuivre. Il ne s’agit donc pas de valider ou non la démarche mais plutôt de l’analyser[4], d’en retirer des enseignements, des possibles et d’en être inspiré·e·s.

.

.

.

.

Notes

[1] Nous reprenons pour l’ensemble de cette analyse la compréhension du terme « femme » comme Toute personne identifiée et-ou s’identifiant comme femme.

[2] Les Midis de la FUCID sont des conférences organisées chaque jeudi durant lesquelles un.des intervenant.e.s s’expriment sur un sujet et en discutent ensuite avec le public.

[3] Notamment « S’engager, se mobiliser, s’organiser » de Sarah Beaulieu, « S’engager, une injonction paradoxale » de Jacques Ion.

[4] Nous vous renvoyons notamment vers l’analyse de Jean Blairon, « Le sens des grèves », Intermag 2016, pour découvrir d’autres grilles de lectures.

Se tourner (à nouveau) vers la grève

Outil de lutte phare au siècle passé, la grève a été peu à peu dénigrée ou remise en question en tant que moyen d’action collective par les politiques, les médias et parfois par les syndicats eux-mêmes[5]. Se muant en conflits atypiques, la grève a en partie laissé place à d’autres modes de protestation, tels que les occupations ou les actions directes[6]. Mais cette tendance s’est vue contredite depuis quelques années, notamment suite à l’arrivée de collectifs citoyens qui ont pris le parti de réinventer la grève, de se la réapproprier sous de nouvelles formes, l’un d’eux étant le collecti.e.f 8 maars[7].

Tout commence par un groupe d’initiatrices, une dizaine de femmes aux parcours politiques divers, qui se rassemble à Bruxelles. Leur idée : organiser une grève générale des femmes en Belgique à partir de 2018. Le collecti.e.f 8 maars se crée donc en même temps que l’idée de mener une grève. Charlotte Casier, déjà impliquée dans le mouvement féministe, fait alors partie de ce noyau.

Une des impulsions de départ, nous explique Charlotte Casier, vient du fait de s’insérer dans un mouvement déjà international autour du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. « Le déclic a été de voir les images des Espagnoles en grève. Beaucoup de membres du collectif viennent d’Espagne, d’Italie, de pays d’Amérique latine et connaissaient bien la grève, soit parce qu’elles l’avaient expérimentée dans leur pays d’origine, soit via leurs connaissances. Avoir ces exemples de milliers de femmes en grève nous a donné envie de faire de même ».

Ensuite, au-delà du fait de rejoindre une mobilisation déjà active à la date du 8 mars en Belgique, notamment avec la marche mondiale des femmes, le collectif naissant souhaite faire un focus sur la grève. Elle a en effet cette spécificité de soulever les questions liées au travail, qu’il soit rémunéré ou domestique. « Par la grève, nous avions la volonté de remettre le féminisme sur des bases concrètes et matérielles car dans le féminisme dominant, ou repris par les médias, les discours restent très théoriques, sur des questions de représentation, de langage, etc. Nous souhaitions ré-ancrer tout cela dans la réalité quotidienne des femmes ». La grève permet donc de passer de la pratique, du vécu, à la théorie, dans la construction des revendications. Mais aussi, à l’inverse, de passer de la théorie, qui occupe une place prépondérante quand on aborde le féminisme, à la pratique, aux réalités quotidiennes des inégalités de genre.

Le petit groupe voit dans la grève un moyen « d’aller plus loin que ce qu’elles font d’habitude ». En effet, elles perçoivent la possibilité de faire appel à l’expérience, au vécu, ce que ne permet pas forcément une simple manifestation. « La grève est une démarche très pratique : les femmes travaillent au quotidien, c’est leur vécu. Quand on l’arrête, on montre aux autres ce que cela représente de manière très concrète et soi-même on comprend d’une part ce que cela représente, et d’autre part tous les problèmes que cela peut générer si l’on s’arrête ».

Enfin, tout ceci rend la grève très « pédagogique » comme le pointe Charlotte Casier. « Les gens comprennent le lien entre ce que tu veux dénoncer et l’outil que tu utilises. En faisant grève, on pointe directement ce qu’on dénonce.  C’est un outil très didactique qui contribue vraiment à la réflexion critique ». Faisant grève, les femmes sensibilisent, questionnent, bousculent aussi ceux et celles qui ne la font pas.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

[5] Micheline Zanatta, La grève un moyen de lutte d’hier. Et d’aujourd’hui ?, Analyse de l’IHOES n°121.

[6] Idem.

[7] On pense également aux grèves climatiques des élèves du secondaire et des étudiant.e.s en 2019, à la grève des travailleuses du sexe d’origine subsaharienne du « quartier des carrées » en 2018 mais aussi au mouvement des gilets jaunes.

Faire groupe

Au-delà de ce qui a impulsé le collecti.e.f 8 maars, il est intéressant de s’arrêter sur la dynamique qui a permis la construction d’un mouvement horizontal, hétérogène et décentralisé comme celui de la grève des femmes. En effet, le collectif compte aujourd’hui une quinzaine de « groupes de mobilisation » qui sont mis sur pied sur base géographique, sectorielle et/ou d’un vécu commun. On retrouve ainsi les groupes d’Anvers, de Namur, des « vieilles gangsters en colère », des artistes ou encore des « femmes racisées remontées à bloc » lors des assemblées générales, qui sont pensées comme des espaces d’initiative et de discussion, ouverts à toutes les femmes[8].

Comme l’explique Charlotte, « le mouvement a été voulu comme un mouvement par le bas, où toutes les femmes puissent participer. Je crois que ça vient d’abord de nos affinités politiques, de nos parcours, dans le petit collectif de base. On n’était pas travailleuses de l’associatif, beaucoup venaient des mouvements autogestionnaires, sensibles aux questions de l’intelligence collective. Aussi, on ne se sentait pas légitimes d’imposer une vision de la grève et donc ça nous semblait normal que toute femme puisse faire partie du processus. À nouveau, nous avons été beaucoup inspirées des mouvements déjà à l’œuvre en Amérique latine et de leurs modes de fonctionnement décentralisé ».

Pour la mobilisation externe, le collectif veut rassembler autant que possible, pour que le mouvement soit représentatif et accessible à toutes. Pour ce faire, il a rapidement été décidé de ne pas se définir comme « plateforme », dont tous les membres devraient partager la vision et les revendications, mais plutôt comme « collectif » qui proposerait un appel à la grève qui puisse être relayé, ainsi que des outils à disposition des groupes qui en auraient besoin (communication, guidelines…). L’idée étant de plus facilement « pouvoir travailler avec toutes les composantes du mouvement social : le monde associatif, les syndicats, les collectifs, etc. » De plus, il nous semble que le fait de mêler grève et marche des femmes, et d’en faire un appel massif, permet également une réappropriation de l’espace public en y faisant émerger la parole de groupes qui n’y ont généralement pas ou peu accès. Il faut y voir une opportunité de rendre visible celles qui ne le sont pas.

Un mouvement qui se veut donc pour toutes, par toutes et avec toutes, et qui semble-t-il parvient à coordonner des niveaux local et national, en maintenant l’autonomie de chaque groupe qui en fait partie. Un défi parfois compliqué à relever comme l’explique Charlotte lorsqu’elle aborde des questions de coordination ou de prises de décision. « C’est un équilibre à trouver entre l’autonomie, les réalités propres à chacune, et le maintien de quelque chose qui nous rassemble et nous unit. »

.

[8] Pour plus d’informations sur le fonctionnement du collectif, rendez-vous sur la page www.8maars.be.

La jeunesse en grève

Abordant la question de notre public cible, à savoir les jeunes de 18-25 ans, Charlotte Casier nous dit tout d’abord les « retombées » des grèves massives pour le climat pour d’autres mouvements. En effet, on l’a vu en 2019, les jeunes se réapproprient l’espace public, s’organisent, co-construisent des messages[9]. « L’année passée, nous étions 15.000 personnes à Bruxelles le 8 mars, lors de la manifestation en marge de la grève des femmes, dont énormément de jeunes. C’était une surprise pour nous toutes et j’ai l’impression que c’est en partie dû au fait que le mouvement climat a repopularisé les manifestations auprès des jeunes. Quand j’avais 18 ans, jamais ça ne m’aurait traversé l’esprit d’aller en manifestation. Aujourd’hui, tous les jeunes en secondaire ont dû, au minimum, se poser la question. Cette repolitisation de la parole des jeunes profite aux mouvements sociaux ».

En effet, pour ce qui est de la grève du 8 mars, même si la réponse n’est pas aussi massive que pour le climat, la participation des 18-25 ans est palpable, que ce soit par les actions ou par leur présence à la marche mondiale des femmes. Il est très difficile d’avoir des chiffres sur la mobilisation mais on a notamment pu voir des actions telles que des piquets filtrants, ou des levées ou interventions dans les cours, à l’ULB, la VUB, à Saint Louis et aussi à l’UCLouvain.

Cette frange jeune de la population adhère aux 3 premières formes de la grève des femmes (grève du travail rémunéré, du soin aux autres et de la consommation), mais peut aussi mener la quatrième forme de grève : la grève étudiante. Mais quelles sont les revendications qui émanent de cette tranche d’âge des 18-25 ans ? « Il y a différents types de revendications selon qu’on les énonce en tant que femme, jeune adulte aux études ou future travailleuse. Les revendications liées à la grève étudiante portent principalement sur les stages, durant lesquels le travail n’est généralement pas rémunéré et peu valorisé. Nous abordons aussi les questions des violences sexuelles sur les campus, des messages envoyés par les thèmes des soirées ou autres qui génèrent une culture du viol. De manière générale, on banalise énormément les diverses formes de violence dans le public étudiant » nous expliquent quatre étudiantes en grève à l’ULB[10].

Charlotte Casier ajoute, ce qui nous semble important pour ne pas limiter cette tranche d’âge aux étudiantes, que « certaines questions comme par exemple la question des violences, de l’accès aux soins de santé, affectent toutes les jeunes femmes. Quand tu es jeune, il y a plein de questions liées au sexisme qui te touchent ». Une thématique où chacune peut donc se retrouver, partant de sa réalité.

.

[9] Alex Winkel, « Grève scolaire pour le climat. L’engagement des jeunes à l’épreuve de la démocratie », CPCP Analyse n°370, 2019.

[10] Voir aussi la capsule de Zin TV « Studenten / étudiantes – en grève le #8maars » (disponible sur youtube) où quatre étudiantes du collectif 8 maars à l’ULB reviennent sur leurs revendications.

La puissance du nous

Charlotte Casier revient également sur les acquis, les apprentissages, les savoirs que l’on peut retirer de ce type d’expérience.

À commencer par toutes les rencontres qui ouvrent le regard et qui n’auraient sans doute pas eu lieu par ailleurs. « L’important ce n’est pas de se mettre d’accord sur un programme politique, c’est de se rassembler pour travailler sur la grève. De ce fait, il y a une grosse diversité, en termes d’âge, de parcours de vie. Ça m’a permis de rencontrer et d’échanger avec plein de femmes différentes, avec des visions politiques diverses. »

Ensuite, il y a un sentiment d’appartenance à un collectif mais aussi à un mouvement mondial. « Ce qui est fort c’est de sentir que tu appartiens à un mouvement plus large, que tu réponds à un appel international. Et même si en Belgique ça n’a pas encore la même ampleur que dans d’autres pays, tu vois ce qui se passe ailleurs et cela donne de la légitimité. » Et au-delà de la force que dégage l’appartenance à un mouvement mondial, cela permet aussi de porter un regard sur d’autres réalités, de tracer des lignes et d’ainsi développer une vision plus globale, plus solidaire.

Aussi, la grève rendrait possible la construction de savoirs communs via une conscience individuelle et collective. « L’expérience du 8 mars m’a fait beaucoup réfléchir. Avant la grève, je n’étais pas autant armée théoriquement que je ne le suis aujourd’hui. Avec l’outil de la grève on doit se poser la question : qu’est-ce qu’on va arrêter ? Et de ce fait, on prend conscience de tout le travail que l’on réalise, on se questionne sur comment faire autrement… Cela pousse aussi à imaginer quel autre monde on voudrait ». Ces questionnements génèrent une conscience de soi, une conscience de son groupe d’appartenance et une conscience politique plus globale[11]. Et de cette conscience, de cette expérience vécue, peuvent découler un message politique commun, mais aussi des apprentissages pour chacune des femmes participantes.

.

[11] Processus qui a été abordé dans l’analyse de Sarah Beaulieu, S’engager, se mobiliser, s’organiser.

Une ONG universitaire qui relaie et accompagne

L’éducation populaire et l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire ne sont le monopole d’aucune organisation. Les mouvements impulsés par des collectifs comme celui du 8 mars nous le démontrent. Construire collectivement des revendications politiques, émergeant du dialogue entre les sujets venant d’horizons divers, et les porter haut en se saisissant de cet outil qu’est la grève, n’est-ce pas là un exemple inspirant ?

Pour ce qui est de la FUCID, l’exemple abordé tout au long de cette analyse rejoint en effet sous de nombreux aspects nos missions et vision. On parle bien ici d’un processus collectif de construction d’une parole politique par un groupe de personnes opprimées. Ce processus s’inscrit dans un mouvement mondial, va à la rencontre des revendications d’autres groupes issus d’autres cultures, croise les récits sans les hiérarchiser, apprend de ces échanges. La grève permet de nommer les causes et de pouvoir comprendre, avec une vision systémique et interdépendante, où sont les dénominateurs communs et les spécificités selon qu’on soit femme en Belgique, en Italie ou au Chili.

Aussi, le processus en tant que tel génère des apprentissages de savoirs, savoir-faire et savoir-être tant pour les sujets qui le portent que pour le grand public[12]. Ajoutons enfin que la rencontre, que permet dans le cas analysé ici le processus de la grève, est un fil rouge aux projets initiés ou relayés par la FUCID depuis ses débuts. Forum Universitaire pour la Coopération Internationale au Développement, la FUCID a toujours choisi d’être un lieu d’échange, de rencontre, de croisement des savoirs[13]. Pour l’avoir expérimenté depuis plus de 40 ans, nous sommes persuadé·e·s de la richesse de ces expériences[14].

Mais alors, comment nous positionner en tant que structure ? Jacques Ion nous l’avait partagé dans son analyse[15], « on observe une tendance forte chez les moins de trente ans à s’associer indépendamment des structures existantes ». Les grèves pour le climat et leur succès auprès de nos publics ont d’ailleurs secoué la plupart des chargés de mobilisation des ONG et soulevé pas mal de questions au sein de nos structures. Il y a donc aussi des leçons à tirer du succès de ce genre d’initiatives. Quelle opportunité crée l’apparition de collectifs comme le collecti.e.f 8 maars pour notre public ? Quelle place donner/prendre par rapport à ces mouvements impulsés par des collectifs bien plus récents et moins institutionnalisés que les nôtres ? Bien que la question reste ouverte, c’est intuitivement celle de relais, que nous avons choisie jusqu’à présent. Relayer pour que les jeunes citoyen.ne.s de notre campus puissent aussi connaître, et éventuellement prendre part, à des mouvements qui rejoignent nos visions du changement et au sein duquel ils.elles pourront, comme nous le souhaitons dans chacun de nos projets, expérimenter, construire une réflexion critique et se mobiliser par et pour eux.elles.

Si nous ouvrons ici les possibilités offertes par cette analyse, apparait aussi une autre manière de se positionner par rapport à ces nouveaux mouvements. En effet, au-delà du fait de relayer, la FUCID, organisme subsidié, institutionnalisé, pourrait aussi, à son échelle, soutenir et outiller de(s) collectif(s) qui ne disposent pas de nos moyens et de nos facilités d’action, notamment sur les campus. Cette posture est d’ailleurs adoptée par beaucoup de structures associatives. Elle est donc à discuter et envisager, au regard notamment de notre rôle en tant qu’acteurs de changement social.

Pour finir, de manière plus large, la grève est donc un outil d’émancipation à (re)découvrir et à envisager en tant qu’ONG. Les publics de la FUCID pourraient en effet s’emparer eux aussi de cet outil au sein des projets que l’on initie. Il sera alors nécessaire d’en considérer les limites et les opportunités, avec notre public. Mais il nous semble en tout cas qu’aux expositions photos, créations artistiques, podcasts, ou encore campagnes de plaidoyer, s’ajoute une nouvelle possibilité qui pourrait s’appliquer à bien des combats.

.

[12] Jean-Pierre Nossent, A propos de l’éducation populaire. Le peuple serait-il devenu impopulaire et l’éducation populaire ringarde ?, Les analyses de l’IHOES, septembre 2007.

[13] Voir notamment notre mission qui détaille cette idée de « forum » : https://www.fucid.be/vision-et-mission-de-la-fucid/

[14] Nous l’avons répété lors d’un atelier interne au cours duquel nous avons identifié les grands axes, la colonne vertébrale de la FUCID où figuraient notamment l’engagement citoyen et l’échange de savoirs.

[15] Jacques Ion, Engagez-vous ! Une injonction paradoxale, Février 2019, https://www.fucid.be/engagez-vous-une-injonction-paradoxale/

L'analyse en PDF

 L’analyse est disponible en format PDF téléchargeable en cliquant ici.